Pilote : Comment être attentif au détail peut se sauver la mise, même aux outils…

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T’es-tu déjà demandé ce que pouvait bien faire les pilotes quand ils te parlent de travaux d’hiver ? Ce qu’ils peuvent bien y trouver là dedans ? Quel est leur intérêt personnel, au delà de l’intéret collectif d’avoir une cotisation moins chère dans ton aéroclub ?

Ou bien peut-être t’es-tu déjà demandé si les planeurs, aéronefs sans moteur, avaient besoin d’être entretenu ?

Tu n’as jamais osé franchir la porte du hangar l’hiver, parce que tes proches te disent déjà que tu passes beaucoup de temps à l’aérodrome durant les beaux jours, alors, là, quand il pleut ou qu’il fait très froid et que le plafond est bas, pourquoi aller au terrain…

Heureusement, les portes des clubs sont ouvertes à toutes les bonnes âmes qui veulent aider à entretenir les planeurs !

Et, tu sais, il y a toujours à apprendre. Au moins rencontrer des gens. Ca, je t’en parle en détail ici :

Il y a aussi pas mal d’anecdotes à raconter.

Beaucoup, beaucoup, beaucoup…

Lesquelles ?

Au moins un exemple ?

C’est là où je veux en venir dans cet article. Je laisse ma plume à un invité : Charles Boulanguez. Il va te raconter à sa façon deux après-midis de travaux divers.

Charles…

Il est pilote planeur depuis 1999. Pour son club, il avait décidé de coucher par écrit ses souvenirs aéronautiques.

Ceux qui l’avaient le plus touchés, ceux qui lui ont le plus appris.

Par respect pour ses écrits, je n’ai rien modifié.

Aux travaux d’hiver

Cette histoire est une fiction romanesque.

Toute ressemblance avec des faits avérés et des personnages connus, existant ou ayant existé, serait pure coïncidence, quoique…

L’anecdote remonte à l’époque où je travaillais à l’atelier pour les « travaux d’hiver », c’est dire que ça fait un moment.

Il n’y a que les plus anciens pour se souvenir de m’avoir vu travailler, et à condition que leur mémoire des faits anciens ne leur fasse pas défaut.

Maintenant, presque tout le monde au club a sa boîte à outils avec le minimum indispensable, il n’y a pas encore de concours à celui qui aura les plus beaux, mais ça viendra certainement quand on voit l’attirail de certains amateurs éclairés.

Il y a les vieux briscards, avec la trousse à outils avachie qui a beaucoup servi, et des manches d’instruments polis par la main de l’homme, il y en a d’autres, moins chenus, avec des outils neufs, pas usés du tout, carrément en rodage, quelques uns encore avec l’étiquette code-barres.

Tout ça faisant un peu penser à Alphonse Daudet « Les mémoires d’un perdreau rouge »…

Il faut dire aussi que l’outillage club a certainement été très riche, mais,

splendeur et décadence, ne subsistent plus de ce passé prestigieux que des vestiges susceptibles de réveiller des nostalgies : douilles disparates et dépareillées, marteaux démanchés, scies à métaux sans lame, clé à cliquet sans cliquet, limes élimées, tous encombrants et inutiles.

En témoignent aussi, comme des fresques antiques, des panneaux hérissés de clous où l’on peut retrouver les silhouettes estompées d’outils depuis longtemps disparus : « objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »

Mon expérience de l’outillage dans les clubs que j’ai fréquentés et/ou animés peut se résumer succinctement :

il y a deux grandes catégories d’outils :

les outils de qualité médiocre,

fabriqués plus ou moins artisanalement dans des pays lointains voire exotiques, probablement dans des conditions innommables, vraisemblablement par des enfants ou des prisonniers politiques, et qui ont principales caractéristiques leur imprécision et leur difficulté d’utilisation convenable.

Essayez donc de dévisser un boulon rétif avec une clé à molette approximative, vous aller abimer définitivement le boulon, et non moins définitivement la clé.

Même chose avec une pince soit disant universelle qui ne pince pas, ou si peu.

Ne tentez pas, avec elle, de mettre en forme une corde à piano : la pince se déforme avant l’acier, et souvent (je médis en disant qu’elle ne pince pas), elle vous pince les doigts…

Ces outils déformables et déformés ne sont jamais perdus, ils sont toujours à portée de main et en évidence sur l’établi.

Ils ont une durée de vie remarquable, quasiment éternelle, on les a toujours connus à l’atelier, ils font désormais partie de l’inventaire, et s’ils ont eu un propriétaire, il y a longtemps qu’il ne les réclame plus, il préfère le faire oublier, un peu comme s’il avait honte, comme s’il ne s’y était pas attaché vraiment (et on le comprend).

Et puis, il y a les outils de grande qualité,

de grande marque, garantis à vie, superbes, efficaces auxquels on s’attache, les outils de toute une vie, mais qui eux sont victimes d’un phénomène physicochimique bien connu par ailleurs, dont on ne se méfie pas assez pour ce qui concerne le chrome-vanadium, je veux parler de la sublimation.

La solidification de l’eau par le gel est bien connue, la fusion, passage dans l’autre sens de la phase solide à la phase liquide l’est également.

La vaporisation (Denis Papin vous revient en mémoire, j’en suis sûr), transformation du liquide en gaz est un autre grand classique, mais la sublimation, passage direct de l’état solide à l’état gazeux suscite moins d’exemples, encore moins de commentaires.

Il existe des cas de sublimation classiques, tels que ceux démontrés par les blocs désodorisants placés dans les toilettes : ils passent du solide au gazeux relativement lentement, on peut en observer assez souvent des formes de transition, on les voit s’amenuiser au fil du temps.

Pour nos outils enrichis en métaux durs, il est quasiment impossible d’observer quelque stade d’évolution que ce soit : l’outil est là, présent, concret, et d’un coup d’un seul, il n’y est plus, vaporisé !

En tout cas, je ne vois que cette explication pour expliquer la disparition subite de nos plus beau outils, et je prends les plus raffinées des précautions pour que les miens ne subissent pas cet avatar : dès que j’ai fini de m’en servir, je les nettoie si besoin, et les range à l’abri de la lumière, parfois enveloppés dans un chiffon ou dans leur trousse d’origine.

Il n’est pas prouvé que les radiations lumineuses soient nécessaires au processus, mais des analyses statistiques rudimentaires semblent démontrer que pour le moins, elles le favorisent.

Un bel outil qui reste longtemps à la lumière voit sa durée de vie grandement écourtée.

Ces soins de conservation ne suffisent pas toujours, il y a des pertes, mais assurément moins en respectant cette procédure…

A cette époque où je travaillais donc,

j’avais une boîte à outils, c’était un coffre même, richement garni quoique de façon un peu hétéroclite.

Il y avait là les survivants de la trousse à outils qui m’avait été offerte lors de l’acquisition de ma première voiture (une Dauphine d’occasion modèle export, avec le filtre à air Sahara dans le coffre avant), il y avait les outils fournis en dotation avec ma BMW 90/6, les tournevis de mon père, bref, des outils avec une histoire, et puis l’assortiment habituel petite mécanique.

J’avais acheté également pour l’occasion quelques petites dimensions au détail, ce n’est pas ce qui grève un budget, plus une ou deux séries de clés plates « fabriquées sur un bateau » (cf plus haut).

Dans ce coffre, que je laissais à l’atelier et fermais avec deux petits cadenas assez symboliques, il y avait donc, entre autres, sept clés plates à œillets, dites mixtes, de 10.

C’est une dimension largement répandue sur nos planeurs, c’est vrai, mais sept, ça fait pas mal et c’est peut-être signe chez moi d’une tendance névrotique obsessionnelle, mais qu’y puis-je ?

Tous n’étaient pas aussi bien pourvus,

il y en avait même parmi nous, dégoulinants de bonne volonté, mais incapables de distinguer un cruciforme d’une multi-prise, et qui posaient des questions sur le sens de rotation des vis et des boulons (j’exagère à peine, et c’était il y a bien longtemps).

Ils n’avaient pas d’outillage, pourquoi s’embarrasser d’un matériel qu’on ne sait pas bien utiliser ?

Déjà, je ne bossais pas beaucoup, alors, la main sur le cœur pour prêter mes outils, je pratiquais facilement.

Une paire de clés de 10 à l’un (pour desserrer le boulon, ou l’écrou, ou la vis (là, on tombe dans la querelle sémantique pour intellectuel, ou faisant semblant de l’être), il faut deux clés, une autre paire à un autre, j’avais de quoi voir venir, un troisième réclame également de l’outillage, vous me croirez si vous voulez, mais pour desserrer l’ensemble vis-boulon-écrou dont je m’occupais et qui était évidemment du 10, il ne me restait plus qu’une plate médiocre, j’ai dû continuer, honte à moi, en bloquant avec une pince universelle, au risque de détériorer.

C’est dire si j’avais l’œil sur mes emprunteurs.

En fin d’après-midi, tout compte fait, il me manquait une paire de clés non restituée.

Je pressens l’utilisateur qui me dit l’avoir remis directement dans mon coffre.

Je ne l’aurais pas vu, pourtant je surveille attentivement mon trésor (névrotique, obsessionnel, et parano).

Il me jure « croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer » qu’il m’a rendu mes outils.

Je retourne le coffre sur le sol pour un inventaire exhaustif et détaillé : 6 clés, il en manque une, pas de quoi faire ce pataquès, c’est une qui ne vaut pas cher.

Tout de même, on ne va pas se fâcher pour une clé à 2 francs (c’est une vieille anecdote, d’avant les euros).

N’empêche que j’en suis tout contrarié, chagriné, mais bah, mes plus belles plates de 10 sont sauvées de la sublimation…

Je ne pouvais tout de même pas demander une caution pour prêter le moindre marteau.

Quinze jours plus tard,

j’étais encore plein de réticences pour le prêt d’outillage (je recommandais obsessionnellement aux emprunteurs de me les remettre en mains propres, plutôt que directement dans ma caisse)

quand une annonce générale demande de la main d’œuvre pour mobiliser une machine.

J’arrive souvent à me défiler, mais là, pas possible, j’étais coincé dans le fond de l’atelier : Il faut dire qu’on s’est aperçu, à l’atelier, que plus on est nombreux pour soulever un truc, et même s’il y en a qui tirent au flanc, moins c’est lourd.

De ce fait, le moindre retournement de fuselage exige autant de main d’œuvre que l’amarrage d’un porte-avion, et prend autant de temps.

On doit d’abord décider, en groupe,s’il est opportun de le faire, s’il ne vaut pas mieux réaliser d’autres tâches auparavant, les avis sont forcément nombreux et partagés, entre le ponçage du ventre qu’on ne fera pas facilement en position normale, et la purge du frein qui ne pourra se faire que dans cette position.

Décider de qui pilote la manœuvre et le sens de rotation du fuselage est aussi une superbe démonstration de démocratie appliquée, qui n’a rien à envier à certaines élections récentes ou passées.

Bref,

après un bon moment des habituelles palabres, on retourne le fuselage par quart de tour, des bruits métalliques de mauvais augure se font entendre (on avait démonté, et remonté des commandes, je ne sais plus pour quelle raison), et quand on entend des bruits métalliques après avoir remonté des commandes, c’est signe qu’il y a, au minimum, quelque chose qui ne va pas bien.

L’explication a été donnée au quart de tour suivant : après une autre série de bruits métalliques, est tombée ma clé de 10, la septième, celle qui était croix de bois croix de fer dans mon coffre à outils.

Rien d’autre, vérification faite, ne clochait dans les commandes, mais depuis, je me méfie toujours des grands serments, et j’essaie de faire le plus possible comme les pros, de compter mes outils après toute intervention, je vous engage à faire de même, la sécurité y gagne à coup sûr (il n’y a que quand je sors de chez les dames que je ne vérifie pas ostensiblement la quincaillerie après, ça ferait mal élevé…).

En bref

Sois vigilant quand tu es au sol et en l’air.

Vérifie bien les outils, ta prévol, etc. Etre pressé ou dérangé toutes les cinq minutes peut causer un accident. Donc, pose-toi et pause-toi…

Et, surtout, apprends-en toujours plus sur les aéronefs sur lequel tu voles.

Sois curieux.

Ecoute, regarde…

Ose franchir les portes de l’atelier, pour mieux faire connaissance avec les autres pilotes et découvre de nouveaux pans de ta pratique aéronautique.

Et toi, quels sont tes souvenirs de tes travaux d’hiver ou de tes travaux dans ton aéro-clubs ? Partage-le moi dans les commentaires !

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Tu veux lire plus de récits de Charles

Charles a écrit au total neuf récits, dont celui-ci.

Voici l’ensemble de leurs liens sur le blog :

 


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Ailodie

Je m'appelle Ailodie. Pilote planeur depuis 2002, je suis aussi élève pilote ULM. Coach, auteure de livres sur ce qui vole et artiste peintre, je ne suis ni instructrice, ni compétitrice. J'ai découvert le plaisir de partager avec : d'autres pilotes, des pilotes faisant leurs premiers vols et leurs proches. Mère de deux enfants en bas âge, ce qui vole est ma passion au quotidien. C’est pour cela que j'ai fondé " Des ailes pour rêver " : mettre à ta disposition tous les conseils, techniques et astuces éprouvés pour concrétiser tes rêves d'évasion dans les airs, seul ou en compagnie de tes proches. Sans te prendre la tête, pas à pas et sereinement.

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