Charl#7 Mon premier dépannage d’un planeur : un dévaché

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Aujourd’hui, j’accueille un invité : Charles Boulanguez.

Il est pilote planeur depuis 1999.

A l’époque, pas de GPS, pas de simulateur de vol planeur, pas de Flarm, très peu de technologie à bord. Nous pilotions grâce à la carte aéronautique et à notre boussole.

Pour son club, il avait décidé de coucher par écrit ses souvenirs aéronautiques.

Ceux qui l’avaient le plus touchés, ceux qui lui ont le plus appris.

Par respect pour ses écrits, je n’ai rien modifié. Je n’ai pas changer sa mise en forme.

(Le dessin me fait toujours rire. ^-^ Il est extrait du livre « Quand Maman vole en planeur, Estelle et Thibaut racontent« .)

Mon premier dépannage

Inscrit dans mon club en juin, j’étais en formation au mois d’août. J’ai eu la chance à cette époque faste d’avoir un instructeur permanent salarié, ce qui m’a permis de progresser relativement rapidement (quand tu es souvent présent au club, c’est souvent ton tour de leçon, et je venais souvent…). C’était le 15 août, alors que ma leçon était imminente, vers la fin d’après-midi, je me vois désigné, par l’instructeur, volontaire d’office pour un dépannage, associé à deux élèves, aéromodélistes comme moi, au prétexte que nous sommes dégourdis, que nous allons savoir faire (en réalité, tout ce que je savais du démontage d’un planeur, c’était de l’avoir lu dans le bouquin bleu : il faut d’abord démonter le plan fixe, mais il n’est pas précisé comment). « Vous verrez, vous n’avez qu’à vous faire inviter à bouffer…»

Recherche de l’auto du vaché, recherche des clés pour l’auto, vérification de la remorque adéquate et de son contenu avec l’aide d’un ancien un peu bourru : il y a tout dedans, le chariot de fuselage, les chariots d’aile, c’est OK. Je demande où sont les outils, pas de trace dans l’auto, « tu verras bien, ça doit être dans le planeur » bref, pas le genre cérébral inquiet. Nous voilà partis, pour les 150 km ou plus que représente par la route Lille-Beauvais. La voiture va bien, il y a de l’essence, de quoi faire quelques kilomètres, en tout cas pas l’aller et retour. « tu as idée, toi, de la façon dont on démonte un planeur ? moi non plus. » La remorque suit, c’est la première fois que je tracte. Il y a du trafic, c’est une fin d’après-midi de 15 août. Avec nos inquiétudes en bandoulière, la toute paraît longue. Un  aérodrome, c’est généralement facile à trouver, Beauvais ne fait pas exception. Moins simple est de trouver la porte d’entrée, mais bon, il suffit de faire le tour, on tombe sur notre vaché, derrière les grilles, comme un animal en cage dans un zoo, mais le contrôleur de permanence avait repéré la remorque, nous ouvre et nous guide devant la machine. Le pilote commandant de bord responsable commence à nous expliquer qu’il s’est fait surprendre par une entrée maritime.

Moi, je ne m’y connaissais pas en entrée maritime, encore maintenant cette carence me hante, mais quand même, partir en campagne à 13 heures pour arriver à 15 à Amiens à 100 km, et vouloir à tout prix tourner Beauvais et revenir pour un 300 km à but fixé, ça ne me paraissait pas raisonnable, je le lui dis clairement du haut de mes 3 heures de vol en double. Mon inquiétude pour les outils est passée par un maximum quand il m’a dit ignorer où ils étaient, et en tout cas pas dans son auto. Sous le dossier du Pégase, une vague mallette, ça devait peut-être être ça. Heureusement, c’était ça : pour démonter un Pégase, il faut juste une clé pour le plan fixe, je l’ai appris sur le tas ce jour-là. Sous les yeux étonnés et interrogateurs du pilote, j’ai retiré les rubans adhésifs (trois heures d’attente, et il n’avait même pas retiré les adhésifs ni débranché les gouvernes !), j’ai vu la rotule de profondeur et son épingle, aussitôt débranchée. Il n’y avait plus qu’à faire pareil pour les ailerons et les aérofreins. Pendant ce temps, le pilote discutait avec les gendarmes passés par là, expliquant qu’il avait été emporté par le vent, et autres fadaises, soucieux qu’il était qu’ils ne s’aperçoivent pas de l’absence de carnet de route. Heureuse époque !

Les gendarmes partis, tentative infructueuse de débranchement des ailes : les ballasts restaient évidemment connectés. Je ne savais pas franchement ce qu’étaient des ballasts, le livre bleu n’était pas très prolixe sur le sujet. Pas question de réussir à desserrer le branchement, pas de prise pour les mains derrière une batterie placée juste derrière la barre de traînée, et même la batterie une fois otée, pas de force suffisante pour desserrer le tout. La seule solution, suggérée par le contrôleur qui commençait à piétiner et nous attendait pour fermer le terrain, c’était de couper ce bout de tuyau (il était m’a-t’il affirmé, ancien instructeur vol à voile, il devait savoir de ce dont il parlait) Pas question de mettre sa parole en doute.On l’a donc coupé, avec sa lame de Laguiole qui semblait plus longue que réglementaire. Je le soupçonne d’avoir eu plaisir à le faire. La suite est sans grand intérêt, en dehors du fait que je remercie les anciens d’avoir repéré les chariots d’aile (Avant Arrière, Droite Gauche), quand on n’a jamais rangé un planeur dans sa remorque, ni même jamais vu faire, et dans le noir, ça rassure de savoir que le planeur est adéquatement fixé.

Notre vaché a pris le volant au retour, a fait le plein dans une station service ouverte un soir férié, où il a réussi à nous offrir un sandwich congelé, il faut dire à sa décharge qu’il n’y avait pas beaucoup de restaurants ouverts une nuit de 15 août sur notre route du retour. De ce temps, je garde dans le club la peu flatteuse réputation de démonter les ballasts à coups de cutter, réputation qui me collera à la peau encore longtemps… Et j’ai d’autant mieux apprécié plus tard la conception des ballasts de mon LS3a avec ses branchements automatiques.

Tu veux lire plus de récits de Charles

Charles a écrit au total neuf récits, dont celui-ci.

Voici l’ensemble de leurs liens sur le blog :

En bref

Et toi, quels sont tes souvenirs de ton arrivé dans un aéroclub ? Partage-le moi dans les commentaires !

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Ailodie

Je m'appelle Ailodie. Pilote planeur depuis 2002, je suis aussi élève pilote ULM. Coach, auteure de livres sur ce qui vole et artiste peintre, je ne suis ni instructrice, ni compétitrice. J'ai découvert le plaisir de partager avec : d'autres pilotes, des pilotes faisant leurs premiers vols et leurs proches. Mère de deux enfants en bas âge, ce qui vole est ma passion au quotidien. C’est pour cela que j'ai fondé " Des ailes pour rêver " : mettre à ta disposition tous les conseils, techniques et astuces éprouvés pour concrétiser tes rêves d'évasion dans les airs, seul ou en compagnie de tes proches. Sans te prendre la tête, pas à pas et sereinement.

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