Les traversées trans-manche

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les traversées trans-manche:

Les premières dates :

20 juin 1931, Robert Kronfeld
22 avril 1939, Geoffrey Stevenson
15 septembre 1957, Philip Wills
4 juin 1970, Xavier Canler (1er dans le sens France-Angleterre)

Voici un texte de Philip Wills

Traduit par Raymond Siretta pour AVIASPORT en 1958 :

« Étant donné que la mer est uniformément chauffée par le soleil, en général l’air au-dessus ne contient aucun courant vertical et un planeur descendra inéluctablement quand il la survolera.

Mais, depuis quelques années une théorie s’est fait jour disant que vers le mois de septembre, quand la terre s’est refroidie plus rapidement que la mer après les mois d’été, on peut trouver des ascendances sur la Manche.

J’avais maintenant une chance – et c’était la première fois que quelqu’un avait cette chance de vérifier si cette théorie était exacte et apparemment sans prendre de risques.
En effet, de Deal vers le South Foreland la côte court approximativement N-S, et le vent, quoique fort, soufflait vers la mer sous un angle assez aigu. Je pouvais donc spiraler dans mon ascendance en laissant progressivement la côte comme je gagnais de l’altitude.

Si l’ascendance me lâchait, je pouvais immédiatement regagner la côte. Si l’ascendance continuait tout le long, je l’abandonnerais lorsque j’arriverais par le travers du South Foreland et regagnerais la Terre.

Le plan marcha magnifiquement. L’ascendance continuait doucement et régulièrement sur une vaste plage et comme je grimpais le vent se renforçait. Le ciel était gris et couvert et sous lui une mer laiteuse moutonnait inconfortablement dans le vent fraîchissant. La visibilité était d’environ 15km et de ce fait je ne pouvais pas distinguer la côte française. Mais je regardais s’éloigner doucement la ligne côtière du Kent et je grimpai encore assez bien vers 2500’ (800m) quand j’arrivais par le travers du South Foreland à peut-être 8km à l’Est. J’avais spiralé et grimpé régulièrement sur peut-être une quinzaine de kilomètres de mer. Très intéressant, vraiment. Sans doute l’ascendance continuait, mais ce n’était pas pour moi. Je virai sur un cap Ouest vers les blanches falaises d’Angleterre.

Et presque immédiatement j’entrai dans du 2,5m/s… négatif.

C’était comme si quelqu’un avait ramassé un plein seau de la mer turbulente là-dessous et l’avait jeté soudainement sur moi au travers de la fenêtre du cockpit. Ma première réaction, instinctive, fût d’envoyer le Skylark en virage là-derrière pour revenir dans l’ascendance.

Puis vint un sentiment de fureur pour ma stupidité. Car si dans ces conditions on peut trouver des ascendances sur la mer, il est clair qu’on doit s’attendre à y trouver des descendances compensatrices. Et comme il m’était impossible de prévoir la force et l’étendue de cette descendance, c’était maintenant une simple question de chance aveugle qui pouvait me permettre de retourner vers l’Angleterre contre ce fort vent de N-N-W ou d’aller à l’eau.

La côte, qui me semblait si près, était en toute probabilité séparée de moi par une invisible cataracte d’air descendant. Si l’on doit être un pionnier, au moins soyons un pionnier intelligent. Mais tout, jusque là, avait semblé si innocemment facile.

Les deux termes de l’alternative semblaient aussi désespérés l’un que l’autre, mais un calcul rapide me montra quel était le meilleur, théoriquement. D’où j’étais, quoiqu’elle fût invisible dans le brouillard gris et la mer verdâtre, la côte française ne pouvait pas être à plus de 40 kilomètres. Je grimpais encore à environ 850m et, avec le vent arrière, ma finesse apparente devait être de l’ordre de 45.

Je n’avais donc qu’à spiraler et à rester où j’étais dans cette amicale ascendance pour quelques minutes encore, et si je pouvais maintenir le cap et ne pas trouver de descendances j’arriverais.

J’allais donc, spiralant et montant doucement jusqu’à ce que la terre derrière moi se soit effacée dans la brume. A part un ou deux navires labourant de courts sillons la mer moutonneuse, au-dessous de moi, j’étais seul dans un ciel gris et brumeux. Légèrement à l’Est de ma route, je vis une tâche plus sombre sur le ciel. Je m’y dirigeai… et rencontrai une bonne et forte ascendance.

Juste à ce moment, un Bristol Freighter, transportant sa charge de voitures d’Angleterre en France, passait sous moi. Je ne sus pas à ce moment, et tant mieux pour ma conscience déjà surchargée, que le pilote m’avait aperçu et envoyait un message radio en Angleterre signalant un planeur en difficulté au milieu du détroit, sur quoi le Service de Secours Air-Mer fut mis en alerte. Mon innocente petite prospection donnait au maximum de gens le maximum possible de soucis.

En fait, c’était juste à ce moment que j’étais finalement avec certitude tiré d’affaire, et cela, tout

En effet, mon thermique du milieu du Pas-de-Calais m’amena fermement à 3500’ et quelques minutes plus tard la côte française était en vue. Je la passai à 3000’ (1000m) ayant quitté la côte anglaise à 48km de là, à 600’. J’avais pu enregistrer un des plus étonnants barogrammes de tous les temps, mais qui restera comme un monument de mon imprévoyance.

Ce qui me console un peu, c’est que, quand le piège dans lequel j’étais tombé devint évident, je pris la décision correcte quoi qu’apparemment la plus difficile, de foncer en avant dans la brume vers la France, plutôt que revenir aveuglément vers la côte si trompeusement proche de l’Anleterre.
J’atterris dans un champ labouré, huit cent mètres avant le terrain d’aviation de St-Omer, environ 48km à l’intérieur du continent, après avoir trouvé une ou deux maigres ascendances.

Les journaux m’apprirent que c’était le champ dans lequel Bader atterrit en parachute quand il fut abattu pendant la guerre. Il doit y avoir quelque chose de spirituel à dire à propos de cette coïncidence, mais je ne peux le trouver dans mon esprit. »


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Ailodie

Je m'appelle Ailodie. Pilote planeur depuis 2002, je suis aussi élève pilote ULM. Coach, auteure de livres sur ce qui vole et artiste peintre, je ne suis ni instructrice, ni compétitrice. J'ai découvert le plaisir de partager avec : d'autres pilotes, des pilotes faisant leurs premiers vols et leurs proches. Mère de deux enfants en bas âge, ce qui vole est ma passion au quotidien. C’est pour cela que j'ai fondé " Des ailes pour rêver " : mettre à ta disposition tous les conseils, techniques et astuces éprouvés pour concrétiser tes rêves d'évasion dans les airs, seul ou en compagnie de tes proches. Sans te prendre la tête, pas à pas et sereinement.

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